A la découverte de la ravanne !


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Symbole du séga mauricien, la ravanne est peu utilisée dans les compositions musicales. Pourtant, cet instrument à percussions recèle de nombreuses facettes encore inexploitées. Souvent délaissée pour la batterie ou le djembé, la ravanne mérite d'être revalorisée. L'absence d'écoles de formation, voire d'éducation musicale, a contribué à réduire le symbole en objet à vocation touristique.

Ils ne sont pas nombreux les artistes locaux à inclure la ravanne en priorité dans leurs créations. Menwar est l'un des rares exemples de persévérance et… de réussite. C'est au son de la ravanne qu'il a conquis le public à Angoulême, récemment. "Zordi, ravann enn gran symbol pou nou, li mem reprezant Moris instrimantalman parlan. Si ou get linstriman-la, li rond, li reprezant lemond", dit-il. Auteur d'une méthode de ravanne publiée il y a quelques années, Menwar est également à la base de la création d'une école de formation à Terrasson. Une manière de revaloriser l'instrument en partageant ses connaissances avec les jeunes. Ce qui a été rendu possible, selon lui, grâce à la méthode mise en place : "Tout instrument possède une méthode d'utilisation. Pourquoi pas notre ravanne ? J'ai deux élèves qui étudient en Belgique à qui je montre mes techniques", dit-il.

Patrimoine. Menwar n'est pas le seul à mettre en valeur la ravanne. En 2002, le groupe Abaim nous bouleversait avec son album 16 ti morso nu lanfans. Ces chansonnettes puisées du patrimoine ont ému tous les Mauriciens et fait exploser les ventes du groupe. Les instruments traditionnels furent, par là-même, revalorisés. Aujourd'hui encore, même si ses actions sont moins médiatisées, Abaim continue à faire fonctionner son atelier de ravanne les samedis. Un travail commencé en 1986, à travers le groupe SOS Solidarité. "Les jeunes viennent tous les samedis apprendre à jouer de la ravanne", dit Alain Muneean.

Le partage du savoir est un aspect très important, si on veut que la ravanne soit considérée à sa juste valeur. "Nos ancêtres en ont joué. C'est un instrument mystique. À l'époque, un concepteur de ravanne gardait son secret jalousement", précise Marclaine Antoine. La formation est d'autant plus importante lorsqu'on constate une mauvaise utilisation de l'instrument. "Li malere pou dir ki nou bann zenes, zot tou pe rod zoue ravann et zot tou zoue li parey, alor ki li byen determine ki ravann ena premye, segon ek trwasyem tan", poursuit le vieux routier. Dans le même esprit, il est d'avis que les artistes mauriciens devraient oublier quelque peu les instruments européens, dans leur quête de faire exporter leurs musiques. "Il faut agrémenter cette musique avec nos propres épices et non donner aux étrangers ce qu'ils ont déjà chez eux", souligne-t-il.

Batterie. Alain Muneean note lui aussi que la ravanne est quelque peu délaissée par les groupes évoluant dans le mainstream. "Historiquement parlant, c'est quand le séga a été apprivoisé, en d'autres mots, comme on dit, sega inn rant dan salon, que la ravanne a commencé à être marginalisée. Il y a eu un transfert de rythmes du séga qui a eu pour conséquence de voir le remplacement de la ravanne par la batterie. Même quand il y a eu des tentatives d'inclure la ravanne, la batterie a été dominante."

C'est ce qui a poussé le groupe Abaim à faire le choix délibéré de ne pas utiliser la batterie dans ses compositions. "Ce choix nous a contraint à explorer la ravanne pour développer une diversité de rythmes et de sons, dont celui de la batterie." Alain Muneean cite en exemple l'album 16 ti morso nu lanfans où la ravanne a été utilisée pour accompagner plusieurs styles de chanson et non seulement le séga. Ce qui l'incite à dire : "La ravanne est un instrument à part entière. Elle n'a rien à envier à la batterie." Il ajoute également que souvent, la batterie est utilisée comme solution de facilité. Soulignons au passage que le groupe Abaim a, lui aussi, mis au point une méthode de ravanne, il y a longtemps.

Djembé. Depuis quelques années, le djembé a également fait son entrée dans la musique mauricienne. Une "invasion" que déplore Marclaine Antoine. "Le djembé n'a jamais fait partie de notre folklore. C'est très malheureux que petit à petit, les jeunes tendent à abandonner la ravanne au profit du djembé." Alain Muneean est lui d'avis que le djembé ne pourra, en aucune façon, remplacer la ravanne. Il note une utilisation fréquente, mais "quant à savoir si c'est une volonté délibérée, c'est une autre histoire". Il ajoute qu'il n'y a aucune nécessité de créer une certaine rivalité dans l'utilisation des instruments, car la ravanne est irremplaçable. "À mon avis, l'instrument le plus proche de la ravanne est le jerricane. Malheureusement, celui-là, on l'a presque perdu."

L'arrivée sur le petit écran de l'émission Sofé Ravanne représentait une lueur d'espoir pour Marclaine Antoine. Il voyait là une manière de redonner sa place à l'instrument-symbole, mais la performance des participants l'a vite fait déchanter.

Émotions. Menwar regrette, lui, le fait que la ravanne n'est vue aujourd'hui que comme un objet à vocation touristique. "Je ne sais pas combien d'artistes sont conscients que cet instrument a une grande valeur et un grand potentiel. Ils ne le jouent que dans les hôtels." Un avis partagé par Marclaine Antoine. Pour l'auteur du sagaï, jouer de la ravanne, c'est ressentir des émotions profondes. "Li pa mem lapenn dir, parski sa bizin santi. To karess li, to frot to lame lor li. So sansyalite, li anklanse ar to lespri." Aussi, ajoute-il, "si jouer de la ravanne se limite à émettre des sons, c'est même pas la peine. Il faut le ressentir."

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