A la maison !

Mis à jour : 13 déc. 2019


Fer louvraz Zenfan lontan ti pé ferr boukou louvraz. Il y avait toujours beaucoup à faire à la maison et les enfants avaient leur part de responsabilité pour aider les adultes. La vie s’organisait selon une routine et chacun voguait à ses occupations selon des responsabilités préétablies. Même les animaux domestiques avaient un rôle à jouer, une contribution à apporter dans le bon fonctionnement de la maison. Ainsi, en plus de la vache qui donnait du lait et du chien qui agissait comme gardien lacour, il y avait dans le voisinage des coqs de basse-cour qui se mettaient à chanter à intervalles réguliers tôt le matin pour réveiller les membres de la famille. En ce temps-là, il y avait aussi le marchand de pain qui passait de maison en maison à bicyclette pour livrer le pain dans son gros sac rempli de pains chauds. En entendant le fameux “Dipain! Dipain!!!’, le papa se levait pour aller récupérer le pain et commençait ensuite à se préparer pour aller travailler. Quant à la maman, une fois levée, sa première action de la journée était de mettre l’eau à bouillir pour faire le thé. Dans certaines maisons, elle devait être debout bien avant les autres pour préparer des faratas ou du riz que le papa emmenait au boulot dans son katora avec le curry du soir. Une fois son mari parti travailler, elle s’en allait collecter tous les linges sales pour les mettre dans un grand baquet qu’elle portait ensuite vers le ross lavé où elle se mettait à faire la lessive. Les enfants se réveillaient après les parents et la première chose qu’ils faisaient en se levant, avant même d’aller se brosser les dents, c’était de ranger leur lit. La phrase qu’on entendait souvent dire était : “Si ou konn dormi, ou bizin konn ranze ou lili ou mem. Sinon kisann la pou vinn ferr sa pou ou ?” Ensuite, après avoir pris le thé et mangé leur dipain diberr, ils devaient balié lakaz brossé. Dans chaque maison, on avait son propre balyé lakaz ou balyé fatak fabriqué à partir de tiges de fatak misent à sécher avant d’être tressées et nattées. Il y avait également la brosse lakaz ou brosse coco qu’on obtenait à partir de la moitié d’une noix de coco. Le balyé lakaz et le balyé coco étaient les deux tous les temps rangés derrière la porte. Il incombait aux enfants la responsabilité de balayer les deux, trois, ou quatre chambres de la maison puis de brosser le sali ruz avec la brosse coco. On mettait sous le pied gauche un patin fait à partir d’un carré de tissu et on brossait du pied droit, ce qui, d’une part évitait qu’on salisse, et de l’autre permettait de frotter le sol pour le glacer tout en brossant. Parfois la brosse coco se cassait en deux sous nos pieds, suite à un geste maladroit, et on utilisait la moitié en attendant d’avoir une nouvelle brosse. Souvent les plus jeunes avaient pour responsabilité le nettoyage de la maison à l’intérieur et les plus grands avaient quant à eux à s’occuper du nettoyage à l’extérieur. Ils avaient à balayer la cour où, à cause de nombreux arbres fruitiers qu’il y avait, le sol était souvent couvert de feuilles qu’on devait balayer avec un balié coco et ramasser le tout dans un panier pour aller les jeter à la poubelle. La plupart des familles montaient eux-mêmes leur balai à partir des nervures de feuilles de cocotier misent à sécher au soleil pour être attachées en botte. On utilisait ce balai tous les jours pou balié divan laporte. Après 5 ou 6 mois d’utilisation, le balai était usé et on devait alors monter un autre. Ce n’était qu’une fois ces louvraz lakaz faits qu’on pouvait se laver et s’habiller pour aller à l’école. Parfois, quand on avait un petit frère ou une petite sœur, on devait aussi veiller sur lui, l’aider à s’habiller et à se coiffer. Bien souvent, c’était le grand frère ou la grande sœur qui accompagnait le plus petit pour le déposer à l’école. Ils marchaient alors un long bout de chemin ensemble en se tenant par la main et s’arrêtaient parfois à la boutique près de l’école pour acheter des gâteaux ou des merveilles chez le marchand de merveilles devant la porte de l’école.

L’après-midi après les classes, c’était toujours la responsabilité du grand frère ou la grande sœur de venir chercher l’enfant à la porte de l’école pour rentrer ensemble à la maison. Parfois fatigué, l’enfant ne voulait plus marcher, alors le plus grand devait, en plus de son propre sac d’école, le porter dans ses bras un bout de chemin. Après l’école, il y avait moins de nettoyages domestiques à faire, les enfants pouvaient aller jouer ou regarder des dessins animés à la télé. Dans certaines familles, il y avait un commerce annexé à la maison, par exemple une petite boutique ou une tabagie ou même un magasin, et les enfants avaient la responsabilité d’aller aider les parents après les heures de classe à servir des clients. À la maison, les filles parfois aidaient leur maman à préparer le dîner. Il y avait souvent le riz à trier dans des espèces de grandes assiettes qu’on appelait seni. On triait aussi des grains secs et épluchait des haricots pâles et des petits pois. Dans certaines cours il y avait des animaux à nourrir. Il fallait aller chercher de l’herbe pour les vaches, les cabris et les lapins, et égrener les épis de maïs ou couper des cressons sur des planches pour nourrir les poules. Il y avait aussi parfois un jardin où l’on plantait des légumes, les enfants aidaient à s’occuper de ce jardin pendant leur temps libre en enlevant les mauvaises herbes et en arrosant les plantes à l’aide d’un tuyau d’arrosage ou d’un arrosoir. Le soir, en attendant que le papa revienne du travail, la maman s’occupait à préparer à manger sur le foyé traditionnel au feu de bois ou le réchaud de charbon utilisant le poukni pour raviver les flammes. Parfois il fallait aller chercher le bois dans la montagne et faire sécher au soleil pour pouvoir les utiliser à alimenter le feu. Avant le diner, les enfants avaient leur devoir d’école à faire. Autrefois, comme la plupart des parents n’avaient pas été à l’école, c’était la responsabilité des grands frères et sœurs d’aider les plus jeunes en les apprenant à compter, à faire des multiplications et de longues divisions. Parfois le soir, lorsque papa rentrait du travail fatigué, il avait des douleurs au dos après une longue journée passée en position debout ou assise et nous appelait pour lui masser les épaules ou carrément lui marcher sur le dos pour faire craquer ses os. Parfois pendant le weekend, dans certaines familles où les deux parents travaillaient, les enfants se retrouvaient entre eux et là encore c’est le grand frère ou la grande sœur qui devaient veiller sur les plus jeunes et lui faire à manger à midi. Souvent à ce moment-là, on se retrouvait à manger des trucs simples que le grand frère avait appris à faire, comme le rougaye dizef et pommes de terre frire. Une ou deux fois la semaine, il y avait le grand nettoyage de la maison et là il fallait laver à grande eau. On devait alors remplir une cuvette d’eau, mouiller un chiffon qu’on appelait le sifon souye lakaz, le passer une première fois, le torcher puis le repasser une seconde fois. Devant la maison, il y avait souvent un sali rouge qu’on devait également brosser avec une brosse métallique et laver. Une fois terminée, on passait de la cire Evershine dessus et laissait sécher pour plus tard les brosser avec la brosse coco et le faire briller. À l'époque, certaines maisons avaient des perrons formant un genre de petit escalier à l'extérieur de la porte principale de la maison. Pendant le weekend, on avait comme tâche de laver ces perrons. Ces grands nettoyages prenaient une dimension encore plus importante à l’approche des fêtes comme le nouvel an, le Diwali, Eid ou la Pâques. En plus de balayer et nettoyer, il fallait laver les murs extérieurs de la maison à grande eau et brosser pour enlever les traces de moisissures, ensuite il fallait peindre la maison avec deux couches de peinture, pour plus tard faire la même chose avec les murs intérieurs. Les enfants avaient aussi pour tâche de faire briller les poignées de portes, les bras de lits et les sofas en les frottant avec de la cire. Les dimanches, lorsqu’il y avait une sortie ou un mariage dans la famille, les enfants avaient comme responsabilité de brosser les souliers de papa. On apprenait qu’aucune sortie, aucune fête ne pouvait se faire sans la contribution de chacun. Par exemple, si on voulait s’acheter des nouveaux souliers ou un pantalon qu’on avait vu dans un magasin ou aller voir un film au cinéma ou un match de football au stade George V, on ne s’attendait pas à ce que nos parents nous donnent de l’argent sans rien contribuer en retour. Il fallait mettre la main à la pâte et accepter de s’engager et se salir pour pouvoir profiter de ce qu’on désire et souvent on appréciait un peu plus ce qu’on a acquis à la sueur de son front. Chaque maison fonctionnait ainsi comme une petite usine avec une notion de responsabilité collective. Tous les membres de la famille avaient leur part du travail et devaient, dès le plus jeune âge, se familiariser avec diverses activités, ce qu’il faisait sans rouspéter ni se plaindre. De cette manière, l’enfant construisait son caractère en apprenant les vertus de la discipline, de la patience et le sens de la responsabilité, et grandissait avec une notion de devoir contribuer quelque chose dans le monde, ce qui facilitait son intégration à la société et à la vie. Texte original, écrit et raconté par Nanda Pavaday Illustration de Noah Nany | Design de Ziyaad Pondor © tizistwarnoupays


© 2023 par SUR LA ROUTE. Créé avec Wix.com

  • b-facebook
  • Twitter Round
  • Instagram Black Round